Ressources

Intérêts moratoires marché public : se faire payer au Maroc

Vous avez livré, le service est fait, la réception est prononcée, mais le mandatement tarde. Au Maroc, le retard de paiement d'un marché public n'est pas sans conséquence pour l'administration. Le titulaire a droit à des intérêts moratoires, c'est-à-dire une somme qui compense le temps passé à attendre son paiement. Le cadre est fixé par le décret n° 2-16-344 relatif aux délais de paiement et aux intérêts moratoires. Ce guide explique quand ces intérêts sont dus, comment ils se calculent et quelle démarche suivre pour les obtenir.

Les intérêts moratoires sont dus de plein droit

C'est le point le plus important à retenir. Selon le décret n° 2-16-344, les intérêts moratoires sont dus de plein droit dès le dépassement du délai de paiement. Concrètement, vous n'avez en principe pas besoin d'une réclamation préalable ni d'une mise en demeure pour y avoir droit. L'administration doit en principe les liquider sans que le titulaire ait à en faire la demande. Cette règle protège l'entreprise, mais dans la pratique il reste souvent utile de rappeler son droit par écrit pour accélérer le traitement du dossier.

Quand le délai de paiement démarre

Les intérêts moratoires ne courent qu'une fois le délai de paiement dépassé. Il faut donc d'abord savoir quand ce délai commence et quelle est sa durée. Le point de départ est en général la constatation du service fait, sur la base d'un décompte ou d'une facture accompagnée des pièces justificatives. Le délai peut être suspendu si le dossier est incomplet ou si l'administration demande des pièces complémentaires, ce qui décale d'autant le point de départ des intérêts. Pour bien situer ces étapes, consultez notre guide dédié aux délais de paiement dans les marchés publics au Maroc.

La formule de calcul des intérêts moratoires

Le calcul repose sur une logique de proratisation annuelle. La formule généralement retenue est la suivante : intérêts moratoires = montant de la créance × nombre de jours de retard × taux applicable ÷ 365. Le montant de la créance correspond à la somme due et non payée dans les délais, selon les règles applicables au marché. Le nombre de jours de retard se compte à partir du lendemain de l'expiration du délai de paiement jusqu'à la date effective du paiement. Le résultat donne le montant des intérêts que l'administration doit ajouter au principal.

Le taux applicable : un taux de référence trimestriel

Le taux utilisé n'est pas fixe. Il correspond à un taux de référence fixé pour chaque trimestre, en lien avec les données de la Trésorerie Générale du Royaume (TGR). Vous devez donc vérifier le taux en vigueur pour la période concernée par le retard, et non un taux ancien. Si le retard s'étend sur plusieurs trimestres, il peut être nécessaire d'appliquer le taux propre à chaque période. Prenez le temps de confirmer le taux exact auprès de la source officielle avant de finaliser votre calcul, car une erreur de taux fausse tout le montant réclamé.

Un exemple de raisonnement

Prenons une créance payée avec 40 jours de retard, une fois le délai de paiement de 60 jours expiré. Vous multipliez le montant dû par 40, puis par le taux du trimestre exprimé en valeur annuelle, et vous divisez le tout par 365. Le chiffre obtenu représente les intérêts moratoires pour ces 40 jours. Si le taux change en cours de retard, vous découpez le calcul par sous-période, chacune avec son taux, puis vous additionnez. Pour éviter les erreurs de saisie et de division, procédez étape par étape et vérifiez le taux retenu pour chaque trimestre concerné.

La démarche pratique pour se faire payer

Même si les intérêts sont dus de plein droit, une démarche structurée aide à débloquer les situations. Rassemblez d'abord vos pièces : ordre de service, décompte ou facture, procès-verbal de réception, et preuve de la date de dépôt du dossier complet. Établissez ensuite votre calcul de jours de retard et le montant estimé des intérêts. Adressez au maître d'ouvrage un courrier écrit et daté, rappelant le décret n° 2-16-344 et joignant votre décompte des intérêts. Conservez une copie et un accusé de réception, car ces éléments seront utiles si le dossier n'avance pas.

Si le paiement reste bloqué

Lorsque le rappel écrit ne suffit pas, vous pouvez engager une démarche plus formelle. Une réclamation en bonne et due forme auprès du maître d'ouvrage, puis, le cas échéant, un recours, permettent de faire valoir vos droits. Documentez chaque étape et gardez une trace de toutes les correspondances. Notre article sur la réclamation et les recours dans les marchés publics détaille ces voies. Comme le sujet peut toucher au contentieux, il est prudent de vous rapprocher d'un professionnel du droit avant d'engager une procédure, surtout si les montants sont importants.

Intégrer les intérêts moratoires dans votre gestion

Suivre ses paiements est autant une question de trésorerie que de droit. Tenez à jour un tableau des échéances, avec la date de service fait, la date limite de paiement et la date réelle de règlement pour chaque marché. Ce suivi vous permet de repérer immédiatement un retard et de déclencher la démarche sans attendre. Pensez aussi aux autres mécanismes financiers qui touchent votre créance, comme la révision des prix ou la retenue de garantie, traités dans nos guides dédiés. Une gestion rigoureuse de ces éléments protège vos marges et renforce votre position face à l'administration.

Testez Soumize sur votre appel d'offres

Sans inscription, 3 essais gratuits.